mercredi 10 septembre 2014

Pourquoi je cours (3)

Courir ou mourir.
Je n’ai pas tout de suite compris le titre du livre de Kilian Jornet.
Je l’ai même trouvé franchement excessif, tant il me coinçait dans cette alternative aussi grave qu’absurde :
Courir, ou mourir.
La bourse ou la vie.
Ton père ou ta mère.
Facilité d’éditeur à la con…
Jusqu’à ce que je m’entende le formuler moi-même au cours d’une discussion.
On me pose souvent la question, et je me la pose aussi, presque à chaque entraînement : pourquoi cours-tu ? Mais pourquoi cours-tu au point que ce soit difficile ? Pourquoi ne te contentes-tu pas d’un jogging tranquille le dimanche matin ?...
Je cours parce que cela me fait me sentir vivante.
Le souffle court, le mollet qui grogne sous la foulée alourdie de fatigue, le vent dans les cheveux, le sel qui ronge la peau brûlée sous les frottements, la joie d’avoir dépassé ses craintes et vaincu ses inerties, l’émotion de l’arrivée… courir me le rappelle à chaque instant : je ressens donc je vis. Chaque cellule me l’assure, et il est vrai, parfois, me le crie. Je cours pour entendre ce que mon corps a à me dire, pour me remplir de vie, et me saouler d’hormones, je cours probablement pour oublier que je suis mortelle, je cours parce que sinon, je meurs.

Que ce soit bien clair : je préfèrerais répondre un truc aussi normal et léger que « je cours pour garder la ligne », hein.
Mais ça ne serait que la peau de la vérité.
Il en manquerait la chair.

vendredi 29 août 2014

Pourquoi je cours (2)

J'ai découvert grâce à un ami ce blog BD qui contient quelques pépites très drôles sur le running. J'y ai notamment trouvé un excellent résumé de ce qui, entre autres choses, me pousse à courir : faire taire mes démons.



mardi 12 août 2014

Vingt et un virgule un (2)

Le Jour J.

 

Pendant toute la préparation au semi-marathon de Paris, j'ai eu peur de ne pas être à la hauteur. J'ai tellement mangé de kilomètres qu'à la fin ça me dégoûtait. J'avais envie de passer à autre chose, de retrouver une vie sociale. Pas toujours évident de refuser un verre de vin et de quitter une soirée super tôt parce que le lendemain on s'entraîne... voire de refuser une invitation à dîner parce que devinez quoi ? on s'entraîne !...

Mais le jour J, j'ai compris.
J'ai compris que si j'étais si heureuse d'y être, si détendue, et si confiante, c'était grâce à l'entrainement.

L'ambiance au départ était bonne. Pas de pluie, pas de grand soleil non plus, mais une fraîcheur vivifiante. Temps presque parfait. Jusqu'à 10h, une foule, majoritairement masculine, s’est amassée progressivement sur l'esplanade du Château de Vincennes. Chacun attendant ensuite le top départ, dans le sas de sa catégorie.
Comme ma cousine, j'étais inscrite dans la catégorie "2h et plus", ou catégorie "SF". Pour Science-Fiction, certainement, me concernant. Ou pour Sans Fin, peut-être. A 11h, notre file, la dernière, est partie.

Pendant le premier kilomètre, j'étais bien... mais bien. On courrait tous à la même allure. Je me suis dit : chic ! J'assure trop ! Tu vas voir que je vais finir en beauté... Mmmm... en fait, les gars, ils s'échauffaient.
Passé le kilomètre 1, je me suis sentie beaucoup plus isolée. Mais nous avions établi une stratégie de course avec Pascal, pour tenir jusqu'au bout, donc je ne me suis pas laissée embarquer dans l'accélération.

Arrivée au kilomètre 5, premier ravitaillement, et premier constat : il n'y a plus rien à manger (bon, ça, c'était pas grave), mais surtout plus d'eau. Tout avait été raflé par les hordes précédentes. Pendant quelques secondes, j'ai sérieusement songé à abandonner : s'il n'y a plus d'eau ici, c'est que l'organisation a sous-estimé les besoins des coureurs, donc il y a de fortes chances qu'il n'y en ait plus non plus au 10ème et au 16ème kilomètre. Faire un semi sans eau ? Impossible. Et dangereux, surtout. Acheter une bouteille dans un magasin ? Pour ça il faut d'abord que je m'arrête à un distributeur. Non franchement, rien de tel pour péter une ambiance. J'ai ramassé une bouteille à moitié pleine par terre. Tant pis. Je mourrai peut-être d'une gastro, mais pas de soif.

Au 8ème km, une côte, un peu raide, la rue Taine. Bon. Elle est chiante, mais elle est courte, et encadrée de deux descentes. Si on raccourcit la foulée et qu'on tire bien les coudes vers l'arrière, ça passe...

J'avais donné rendez-vous à mon meilleur ami, sa femme et leur fille peu avant le ravito du 10ème km, mais arrivée sur place, personne. Je me suis sentie bouffée par la déception, vous n'imaginez pas. Sur le parcours, chaque encouragement, chaque sourire, même anonyme, chaque note de musique perçue au détour d'une rue est un verre d'eau sucrée. Le pouvoir de ces attentions là est inouï, même quand on ne les attend pas. Alors quand on les attend et qu'elles ne sont pas là... c'est un peu dur.
Mais tout de suite, mon esprit a été rattrapé par l'instinct de survie à l'approche du ravito : les amis on s'en fout ! Il y a de l'eau !!!... et du putain de Powerade sucré qui colle au bitume.

La suite a été très calme jusqu'au 12ème kilomètre. Là j'ai senti que je commençais à fatiguer.
A ce stade de la course, les rangs se clairsèment, et même si on a fait la moitié du parcours, on sait que le plus dur est à venir. Et on n'a pas encore tourné les talons, puisque la "bascule" à Châtelet intervient au 13ème km seulement. Donc psychologiquement, le cap est un peu difficile. C'est une de mes plus anciennes amies, Noémi, postée à un coin de la rue Saint-Antoine, qui m'a aidée à le passer avec le sourire, quand je l'ai entendue hurler ses encouragements, les yeux rougis par l'attente dans le froid.

La suite a défilé. Pas très vite, certes, mais ça a défilé. J'étais en "mode automatique". Alors attention, ça ne signifie pas "j'étais en extase, mes jambes bossaient toutes seules et pour moi c'était coolos les baskettos" hein. Juste une sorte de légère transe, engagée par le mouvement régulier des muscles, mais pas de blague : vous continuez quand même de la sentir passer.

Au ravito du 16ème km : à nouveau plus d'eau. Quelques oranges tout de même, qui ont bien aidé. Les bénévoles chargés de la distribution s'en prenaient plein la tête, de la part de coureurs excédés. Et assoiffés, surtout. Moi j'avoue que je n'avais pas assez d'énergie pour m’énerver. J'ai à nouveau préféré choper la malaria en me servant dans le caniveau. Mais cette fois-ci, bonne pioche, la bouteille était intacte... au passage, le gâchis observé pendant ces courses, c'est fou.

J'étais engagée dans la rue de reuilly, quand, arrivée à l'angle du boulevard Diderot, je les ai vus. D'abord Baptiste, mon meilleur ami, avec Annah dans les bras, puis sa femme Leslie, qui agitaient une pancarte avec des cœurs dessus, et qui hurlaient qu'ils m'aimaient et que j'étais la meilleure. J'en aurais chialé. Si j'avais eu encore un peu d'eau dans l'organisme, s'entend.

La suite n'a été qu'un feu d'artifice d'émotions de ce genre puisque Pascal, mon coach, m'a fait l'immense surprise de m'attendre au 17ème km, au pied de la seconde et dernière côte de ce semi pour qu'on la fasse ensemble. Sur son t-shirt, "Accept no limit". On ne pouvait pas assurer plus.
Puis mon incroyable petite sœur, au 18ème km, qui, sac au dos et chaussures de ville aux pieds, a couru à mes côtés pendant 500 mètres au moins... C'est bien simple, ils m'ont portée.

Donc quand je me suis retrouvée seule pour faire les 3 derniers kilomètres, j'ai soudain pesé trois tonnes.
Vous l'avez peut-être déjà lu dans d'autres comptes-rendus du semi-marathon de Paris, et je vous le confirme : oui, cette fin, de Porte dorée jusqu'à la ligne d'arrivée, est interminable. Oui, on a l'impression de faire du moonwalk, et oui, on a l'impression que le portique d'arrivée recule. A la fin, j'étais obligée de vérifier sur ma montre que j'étais bien en train de courir. J'avais l'impression que je pouvais m'arrêter à chaque pas, que je pouvais m'effondrer à chaque mètre. D'ailleurs une partie de vous vous conjure d'arrêter, de vous étendre là, sur le côté... Et une autre vous dit que si vous vous arrêtez maintenant, vous aurez fait tout ça pour rien.

Photo finish. Voyez cette foule incroyable. Il y avait quand même encore 600 personnes derrière moi.... et 32000 devant. Soit.


L'après portique est un mélange de moments heureux -celui où on se met enfin à marcher- et de moments moins heureux -celui où on réalise qu'on ne peut plus marcher.
Il m'a fallu une heure et demi pour récupérer (j'étais littéralement ivre, à ne plus pouvoir articuler correctement avec un mal de ventre carabiné), pouvoir enfin avaler quelque chose, et ressentir la joie immense de l'avoir fait. Et cette dernière sensation perdure depuis.

Pour la petite histoire, il n'y avait plus de médailles, à l'arrivée des derniers milliers de participants.
Plus de médailles.
Non mais qui fait ça, quoi.
Plus d'eau pendant la course.
Plus de ravito à l'arrivée non plus.
Mais plus de médailles ?!
Un petit courrier à l'organisateur pour lui dire ce que je pense de tout ça, et un beau matin, dans la boîte aux lettres, elle était là, avec mon temps gravé au dos : 2h53'57''.









Vingt et un virgule un (1)


Un semi-marathon.
Ça paraît dingue, non ?
Je me revois, un mardi de janvier. Il fait froid, il est 21h et je m’échauffe, tant bien que mal, au bord de la piste d’athlé pour faire un fractionné. Je me dis que j’aurais dû me couper un bras le jour où je me suis inscrite. A priori, je vais mettre au moins trois heures pour finir cette course. Qu’est-ce qui m’a pris putain. Qu’est-ce qui m’a fait penser, que moi, du haut de mes 90 kg pour 1,62 m, j’allais pouvoir courir 21,1 km ?
...
Depuis que je me suis mise à la course à pied, il y a un peu plus de deux ans, c’est toujours pareil.
A peine ai-je passé la ligne d’arrivée d’une course, qu’ivre de bonheur et encore toute rougie d’effort, je songe déjà à m’inscrire à une course d’une difficulté supérieure à celle que je viens de réaliser. Généralement, j’en parle d’abord à mon coach, Pascal, sur un ton léger, genre "je me tâte"…
 En fait c’est le terrain que je tâte. Le sien. Si je voyais passer la moindre lueur de doute dans ses yeux à ce moment-là, j’imagine que j’enterrerais le projet bien profondément. Mais à chaque fois, il m’écoute le plus sérieusement du monde, réfléchit, hoche la tête, puis imaginant déjà les contours d'un plan d'entrainement, m’assène simplement "c’est une très bonne idée, ma Caro".

J’ai annoncé que je voulais faire le semi-marathon de Paris en septembre 2013. Je venais de courir le Cross du Figaro, et j’étais heureuse. Heureuse de l’avoir fini, déjà, parce que 12 km avec du dénivelé, ce n’était pas gagné d’avance, et heureuse d’y avoir pris autant de plaisir. C’est la remarque d’un collègue à l’arrivée qui a tout déclenché : "Tu sais, les 12 km qu’on vient de faire, ça équivaut à 15 km sur du plat, c’est vachement bien !"… De 15 à 21, il n’y a qu’un pas !
...
Ouais.
Large, le pas.
Toutes séances cumulées, j’ai couru 111 km en octobre. Blessée lors d’un trail nocturne fin novembre, je n’ai pu reprendre l’entrainement que fin décembre. En janvier, il me restait donc à peine deux mois pour me préparer à l’épreuve qui devait se dérouler le 2 mars, à Paris.

Se préparer
C'est beau, un stade, la nuit. Mais c'est pas très rigolo.

Pendant ces 9 semaines, je me suis imposée quatre entrainements hebdomadaires. Mes semaines étaient généralement rythmées par un fractionné le mardi soir (par exemple, après un bon quart d’heure d’échauffement, courir pendant 20 min : 40 secondes très rapidement puis 20 secondes lentement), un autre fractionné plus dur le jeudi, avec Pascal (pour travailler l'endurance de vitesse, c'est à dire le maintien d'une vitesse plus élevée dans un temps plus long), une séance de musculation le samedi matin (c’est important, pour avoir une bonne posture de course, ne pas se blesser, et être un peu plus performant) et enfin une sortie tranquille mais longue le dimanche matin. J’ai commencé par 1h, puis 1h10, puis 1h15, 1h20, etc. Jusqu’à atteindre 2h, quinze jours avant le jour J. J’ai couru 14,5 km ce dimanche là. On était encore loin du compte, mais l’intention y était. Je savais que je tiendrais au moins jusque là. Pour le reste, on puiserait dans les réserves.

Quinze jour avant le semi, ma plus grande sortie.

A propos de réserves, celles de glucides s’épuisent pas mal lors d’une telle épreuve. Mais j'ai toujours beaucoup de mal à de mastiquer pendant une course ; même un pruneau ou un abricot, ça ne passe pas. Donc je ne m’arrête jamais aux ravitaillements, sauf pour prendre de l’eau, évidemment. J’avais donc prévu de prendre un tube de gel énergétique au miel ou à la pomme après chaque heure d’effort. Deux petits tubes donc (je comptais sur le ravito final pour me requinquer) plus un gel antioxydant à prendre 20 minutes avant le départ. C'est très très sucré, mais franchement, en plein effort, ça sauve. A prendre en même temps qu'une bonne rasade d'eau.

S'équiper

J'ai profité de ce passage dans un magasin spécialisé dans le running pour m'acheter aussi de la crème Nok. Appliquée quotidiennement sur les parties de l'abdomen où il y a des frottements avec la brassière ou avec la ceinture du cardiofréquencemètre, elle permet de renforcer la peau. Lors de sorties longues en effet (en général à partir d'1h15 chez moi), les brûlures et autres cisaillements ne sont pas rares. C'est assez douloureux et cela met parfois des semaines à partir, alors un conseil : protégez-vous.

Autre instrument indispensable avant de vous jeter dans le concert des semelles : des chaussettes. Achetez vous une paire de chaussettes pour distances longues. Dans ce rayon, deux écoles : vous avez le choix entre des chaussettes fines avec une contention importante (pour éviter tout jeu entre le pied et le textile), et des chaussettes "doublées" (du coup le frottement a lieu surtout entre les deux épaisseurs de tissus et non entre votre peau et la chaussette). J'ai essayé les deux, et seules les plus fines m'ont épargné les cloques.



A suivre : Vingt et un virgule un (2). Le Jour J.







vendredi 4 juillet 2014

Pourquoi je cours (1)

Carcans Maubuisson, août 2012
Bords de Loire entre le pont du Pertuiset et le barrage de Grangent le 13 octobre 2013



Rozier-Côtes-d'Aurec, le 31 décembre 2013
Le Brignon le 9 juin 2014


vendredi 20 décembre 2013

♫♫♪ Saturday Night Traileeeeeeer ♫♫♪

Ne me demandez pas pourquoi je n'y ai pas pensé.

Pourquoi je suis partie, ce soir d'hiver, lampe torche au front et chaussures de trail aux pieds, sur des chemins de boue, sans penser une seconde qu'en 11 km, il pouvait m'arriver des bricoles...

Il faut dire que cela faisait des semaines que j'attendais ça.
Dopée par les bonnes sensations que le Cross du Figaro avait laissées en octobre, je n'avais qu'une hâte : corser un peu les choses en participant à un trail nocturne. Je me suis entraînée pendant quelques semaines à courir de nuit dans le bois de Vincennes (un soir, une prostituée m'a même souhaité bon courage) afin de "sensibiliser" un peu ma foulée aux autres sens que la vue.

Pendant quelques minutes, avant le départ, j'ai eu l'impression d'avoir 7 ans, ricanant avec mes amis dans la nuit, et gigotant pour tromper le froid, surexcités comme si on partait construire notre cabane au fond du jardin. Quelle histoire ! La folle équipée... Et la perspective de la soupe à l'oignon en rentrant.... Bref, j'étais heureuse.


En fait de cabane, je me suis plutôt retrouvée au trou, entre le 3ème et le 4ème km.
Ma cheville a lâché dans un grand craquement bien sonore, alors que je commençais à peine à me détendre. Je venais de passer une bonne vingtaine de minutes à éviter des obstacles, qui se présentaient, malgré mon allure de sénateur, à la vitesse d'un jeu Tetris dernier stade dans le halo de ma lampe frontale. Une branche, une mare de boue, un trou, OH un tr...craaackkk.

Passée la douleur de l'instant, j'ai pleuré comme une gamine qui vient de casser son jouet un soir de Noël. Finie, la cabane au fond du jardin. On attend le serre-file en serrant les dents, et on claudique jusqu'au bercail.

Je n'ai pas pensé que je pouvais me faire mal, ce soir là. Mon corps, si vaillant, si fiable, qui m'avait tant portée lors du Cross du Figaro, venait de me jouer un tour inattendu...

Ma seule pensée fut alors pour le semi-marathon de Paris, que je devais courir trois mois plus tard : serai-je sur pieds le jour J ?









mercredi 7 août 2013

Pensée du jour

"Le combat se gagne ou se perd loin des regards - derrière les lignes, à la salle de sport, et dans la rue, bien avant que je danse sous ces lumières". Mohamed Ali


mardi 6 août 2013

Le retour du Cooper


Mardi dernier, retour de vacances : un de mes premiers coups de fil est allé à Pascal, mon coach.
Un rapide coup d’œil à mon agenda m'a fait réaliser que la Parisienne (6,5 km sur du plat) est dans 7 semaines, et le Cross du Figaro (12 km avec dénivelé) dans 8. L'entrainement va donc reprendre pour de bon, et moi je vais revivre !... Je ne me suis pas entrainée du tout depuis 15 jours à cause d'une rechute de ma tendinite du muscle rotateur de la hanche. Je suis donc à la fois surexcitée à l'idée de recourir, et encore complètement vautrée dans la mollesse des apéros estivaux.

"Bon ben, on va se refaire un petit test de Cooper..."
Eeeeeeeeeeeh........
Mais ouais, absolument.
Un petit Cooper.
Super.
Je l'avais oublié celui-là.
Putaiiiiiiiiin.
Je n'aime pas ce test.
"... rendez-vous à 8 heures dimanche matin, pour éviter les grosses chaleurs."
Oui.
On va aussi éviter les grosses performances, si tu veux mon avis....
Je veux mourir.
Vite.

La mauvaise grâce hantait déjà mes pensées 3 jours avant, alors imaginez le jour même. Bien sûr, il faisait trop chaud. Bien sûr, l'échauffement allait être trop dur. Et bien sûr, la nuit avait été trop courte. En attestait ma tête de batracien atteint d'une myxomatose stade IV, quand j'ai débarqué sur la piste d'athlé à 7h55, du plomb dans les runnings. Tout, dans mon attitude, de ma voix à mes gestes, en passant par la déformation de mes globes oculaires, trahissait le stress de cette nouvelle rencontre avec ce bon vieux Cooper.

Un bref rappel de ce en quoi consiste l'amusante épreuve : parcourir, sur piste, la plus grande distance possible en 12 minutes. Une formule permet alors d'estimer deux valeurs importantes, qui vont permettre ensuite d'établir des programmes d'entrainements efficaces : le VO2max et la VMA.

Le VO2max est un indicateur de performance : plus il est élevé, plus cela signifie que vous êtes en forme physiquement. C'est le volume maximal d'oxygène utilisé par l'organisme en une minute pour produire de l'énergie. Au delà de ce seuil, l'effort est tellement intense que l'air inspiré par l'organisme ne lui suffit plus, il va devoir utiliser d'autres carburants (voir les explications que je donnais à la fin de ce post, l'an dernier). Il quitte alors la "filière aérobie" pour la "filière anaérobie". Quand j'ai rencontré Pascal, mon VO2max était estimé à 27 ml/kg/min ("estimé", car seuls des tests en laboratoire permettent de le mesurer précisément). Généralement, pour une personne de mon âge et en bonne santé, il se situe en moyenne autour de 40 (45 chez l'homme, 35 chez la femme), mais chez certains sportifs de haut niveau il peut dépasser 90.
Quant à la VMA, la Vitesse Maximale Aérobie, c'est précisément la vitesse au delà de laquelle cet organisme va passer à la filière anaérobie.

Bref, si vous m'avez bien suivie, vous aurez compris que le but de ce de test est de savoir à partir de quand je vais étouffer.
Sans vouloir dramatiser, bien sûr.
Jamais.
Vous me connaissez.
...
Après une bonne trentaine de minutes d'échauffement, et 12 minutes de respiration sifflante, le verdict tombe : ma VMA est à 10,7 km/h.
Pour obtenir ensuite le VO2max, plusieurs formules existent, et peuvent donner des résultats assez différents. Celle de Léger et Mercier est la plus simple quand on connait sa VMA, car il suffit de la multiplier par 3,5. Mais cette formule n'est vraie que pour un sujet "standard". Elle ne tient pas compte -pas plus que les autres formules, d'ailleurs- de critères liés à la personne : son poids, son état de santé, etc.
Selon les formules utilisées, mon VO2max se situe donc, ce dimanche, quelque part entre 30 et 37 ml/kg/min, ce qui est considérablement mieux que l'an dernier.

Le test de Cooper est intéressant en ce qu'il offre une photographie, à l'instant T, de l'état du sujet. Il permet de repartir à chaque fois sur de bonnes bases. Ou en tout cas sur des bases précises. Selon Pascal, on pourrait donc utilement le refaire tous les 2 mois, au début de chaque nouveau cycle d'entrainement (*aaarrrrggghhhh*).

dimanche 14 juillet 2013

Mes gants de boxe

Ça y est !!! Je les ai !


Mes gants....

Mon choix, ma couleur....... ma sueur.

Oui parce qu'il faut dire que boxer avec des gants qui ne sont pas les siens, dans lesquels tant d'autres ont transpiré, c'est plutôt dégueu. Surtout si pour une raison ou pour une autre, on n'a pas, comme moi la semaine dernière, la possibilité de mettre au préalable des bandes protectrices en coton, dont on s'entoure les poignets et les phalanges. Elles ont le mérite d'absorber à la fois les chocs ET une légèèèèèère sudation, observable au bout de quelques fractions de secondes instants de boxe.

Comment faire son choix ?
Source : http://www.boxingshop.tv

Je serais bien incapable de vous dire comment, dans l'absolu, doivent se choisir des gants de boxe. Mais je peux vous dire quels ont été mes critères, et ce que j'ai retenu de l'adorable vendeur de la rue Beaurepaire.
C'est un peu comme avec le running : c'est évident que si vous vous entrainez 3 à 4 fois par semaine, il va vous falloir des gants qui tiennent le choc, et qui le tiennent sur la longueur. La mythique paire de Reyes à 159 € est probablement faite pour vous. Mais si c'est pour faire mumuse dans une soirée déguisée, vous avez une entrée de gamme à 19€ qui ira parfaitement.
Moi, je suis plutôt dans la catégorie intermédiaire, un peu bâtarde, de l'entrainement une fois par mois. Allez, deux fois par mois quand j'ai de la chance. Le reste du temps, je me concentre sur la course. Mais d'une part, je ne sais pas ce que l'avenir me réserve : j'aime vraiment la boxe, donc je serai peut-être amenée à en faire de plus en plus, surtout si ma condition physique continue de s'améliorer, et, d'autre part, il y a une grande différence entre faire les choses en amateur et les faire en dilettante. J'ai donc opté pour la qualité : fabrication en Thaïlande, revêtement en cuir véritable, plutôt qu'en simili, et bonne qualité d'absorption des impacts par le gant, plutôt que par mon poing. Une belle paire de Fairtex à 99 €, soldée à 89 €. Pascal m'a également fait prendre un protège-dent.... rouge.... Oui je sais je sais... vous avez hâte de voir la tête que j'aurai avec ça... :-)
Sur le côté du gant, une petite étiquette indique "10". Il ne s'agit pas de sa taille, mais de son poids : 10 ounce (chacun de mes gants fait donc 285,5 gr). Plus votre propre poids est élevé, plus celui de vos gants doit l'être : pour une femme de moins de 65 kg, des gants de 8 suffisent.

Je vous dirais bien qu'il ne reste plus qu'à les étrenner, mais c'est déjà fait ! Et vu l'état de mes phalanges au bout de 2 heures d'entrainement, je pense que c'est plutôt eux qui m'ont étrennée... C'est un peu comme une paire de chaussures neuves - les cloques en moins, tout de même : il faut le temps de les faire.


mardi 9 juillet 2013

La roulade avant

La semaine dernière, j’ai fait une roulade avant.
Ouais.

Vous savez, ce truc hyper naturel, qu’on fait tous quand on est gamin, en toute occasion, dans l’herbe, sur un tapis, un matelas, etc…? Eh bien à 37 ans, croyez moi, ça n’a plus rien, mais alors PLUS RIEN de naturel.

Le mieux, c’est encore d’essayer (je m’adresse bien évidemment aux adultes, et aux gens normaux, c'est à dire pas aux champions de gymnastique, ni aux champions de quoique ce soit, d’ailleurs).

Essayez ! Qu’avez-vous à perdre?... Votre dignité, certes, mais je crois qu’en la matière, je vous ai précédé depuis un moment.

Non franchement, essayez.

Asseyez vous sur vos talons, les paumes de mains (ou le bout des doigts) à terre dans l’alignement des épaules, enroulez votre tête sur votre sternum, et hop !... Jetez vous dans l’inconnu.
Je vous préviens, dans un premier temps, le cerveau est réticent. Ma nuque va casser. Je vais rester bloquée en haut et ma nuque va casser. Sous le poids de mes fesses, oui oui, bien sûr.
Mais le corps a de la mémoire. Le geste revient vite, grisant, étourdissant.

Se battre contre un mental persuadé d’avoir perdu d’avance, c’est toute l’année écoulée qui se résume dans ce petit geste de rien du tout.

Je suis restée absente de ce blog tellement longtemps que je ne savais plus comment renouer...
Faire comme si de rien n'était ? Mmmmmm... nan.
Tenter d'expliquer ce silence, peut-être ? Pas sûre de le comprendre moi-même... Mais je crois que j’ai eu peur de lasser. Et de devenir trop sérieuse, d’un coup. Trop obsédée. Trop chiante, quoi.


Alors pour éviter de l'être, trop chiante, je vais essayer de résumer les 10 derniers mois d’entrainement qui viennent de s’écouler en chiffres.
Voici ce que ça donnerait :
- 3 à 4 entrainements par semaine(course et musculation, boxe plus rarement)
- 3 courses de 10 km
- 72h de fierté euphorique après avoir franchi la ligne d’arrivée
- 2 tendinites
- 3 rhino-pharyngites
- 2 forfaits
- 12 km de cross en prévision pour septembre
- 2 grosses crises de larmes
- 853 fous-rires
- 2 paires de running
- 1 paire de chaussures de trail
- 19 kgs perdus (depuis le début)
- 0 régime





mercredi 19 septembre 2012

One Dollar Baby


Il y a un peu plus de quatre mois, Pascal m'avait promis que le jour où ma condition physique, notamment mon temps de récupération, le permettrait, il me ferait faire de la boxe (sa discipline). A l'époque, je me souviens avoir pensé que ça n'arriverait probablement jamais. Enfin, plus exactement, je ne voyais pas par quel miracle j'allais mettre 2 ou 3 minutes à récupérer une fréquence cardiaque à peu près normale après un gros effort, là où j'en mettais alors 15....

Mercredi dernier, trois jours après la Parisienne, Pascal m'a donné rendez-vous à la salle pour faire une séance de musculation. J'étais vraiment heureuse de le revoir, après 15 jours d'entrainement à distance, mais bon, la muscu... c'est indispensable, mais il y a plus exaltant. D'ailleurs, j'ai pensé qu'il voulait m'apprendre un nouveau geste technique, parce que sinon il m'aurait laissé faire ma séance toute seule.  Mais j'étais loin de me figurer qu'il allait m'apprendre à faire un uppercut.
Quand je suis sortie des vestiaires, il m'a annoncé, avec son petit air de accroche-toi-on-va bien-s'marrer-t'es-assise ? que je commence à bien connaître : "aujourd'hui...on BOXE !".

♫♪ Face to face ! out in the hea-eaaaaaaaaat ! ♫♪
Ouaiiiiiiiiiiis ! Ouais ! ouais, aujourd'hui on boxe, OUAIIIIIIIS !!
♫♪ Hangin' tough, stayin' hungry ! ♫♪
Depuis le temps que j'attends ça ! HAHA !
♫♪ They stack the odd, still we take to the street ♫♪
Je suis Mohamed Ali, "I will show you how great I am" ! Yeah kiddo, "baaaaaad, I'm baaaaaaaaad" !
 ♫♪ For the kill with the skill to surviiiiive ♫♪

... Et là (dérapage du diamant sur le 33 tours) il m'a collé une corde à sauter dans les mains.

"Tu sais que 20 minutes de corde à sauter, ça équivaut à 40 minutes de course, environ ?... Allez, c'est parti pour des séries de 3 minutes, 1 minute de récupération !"

What ?! Mais je ne sais même plus par quel bout ça se tient moi, une corde à sauter !... Et là, je comprends qu'avant de me trémousser en fredonnant The eye of the tiger, il va falloir que j'en chie des ronds de chapeaux. The thrill of the fight, tu penses ! The thrill of la corde qui te fouette le mollet, ouais... Combien de fois j'ai sauté sur la corde, combien de fois il a fallu que je reprenne, le souffle court, la gueule en feu, alors que c'était juste l'échauffement... Au bout de 15 minutes, tout de même, j'ai commencé à sentir un mieux, le rythme qui s'impose, le corps qui se tend. Nous avons fini par un échauffement ostéo-articulaire (principalement des bras et des épaules).

Après une demi-heure d'échauffement, j'étais prête pour enfiler des gants. Enfin, d'abord des espèces de mitaines, avec un coussinet de gel au niveau des articulations, et des bandages autour des poignets, puis seulement les gants. HAHA, ça devient sérieux, là, non ?!?! :-)

Une heure durant, Pascal m'a alors appris des gestes de base : le direct, le crochet, et l'uppercut. Et une règle d'or : ne jamais baisser sa garde. Protéger les mandibules, protéger les côtes, en permanence. Et contrairement à ce qui se passe en boxe thaï ou en boxe française, on ne frappe pas avec les jambes, en boxe anglaise. Elles restent au sol.... ça a l'air simple, dit comme ça, mais cela faisait une éternité qu'un exercice ne m'avait pas demandé autant d'efforts de concentration.
Ou plutôt non, ça ne faisait pas si longtemps : vendredi dernier, à mon cours de chant. Tout geste technique demande de la concentration et de la répétition : il doit être ingéré, intégré, compris, au point de devenir un automatisme, avant de pouvoir être exécuté avec de la force. En boxe, comme en chant lyrique. Sauf que le geste vocal est interne. On ne peut pas le reproduire au visuel ou à l'oreille, on est obligé d'apprendre à le sentir, et ce travail d'orfèvre, naturel chez quelques extraterrestres, peut prendre des années pour le commun des mortels.
J'ai senti la fatigue nerveuse monter petit à petit. J'étais souvent tentée de rire... pour rien, juste pour masquer mon embarras, ou mon refus, au départ, de frapper, quand Pascal me le demandait. Comme si j'allais lui faire mal, la bonne blague.... N'empêche. ça n'est pas un geste banal, ça n'est pas un sport anodin.

Au bout d'une heure de directs, crochets et uppercuts, j'étais cuite. Les cheveux dégoulinants sur ma joue (allez vous recoiffer avec des gants de boxe), le pantalon roulé sous la bedaine (oui, allez remonter un pantalon avec des gants de boxe...), et le t-shirt prêt à essorer, je n'avais qu'une envie : filer sous la douche puis sous ma couette.

Mais en fait, c'est sur le dos, que j'ai filé. Pour une série d'abdos. "Eh ouais, c'est un entrainement de boxe, Caro, on rigole pas, là !". Puis encore un exercice de gainage (il faut faire superman qui vole sur le ventre, et tenir). Et enfin le stretching.

Deux heures, en tout, dont je suis sortie lessivée. Et lavée de tout stress. Cette nuit là a été la seule, de toute la semaine, où j'ai bien dormi.

                                                                           * * *

Je ne pouvais pas terminer ce post sans partager avec vous une des mes interviews préférées de Mohamed Ali. Cela se passe juste avant son combat (baptisé "Rumble in the jungle") contre George Foreman à kinshasa, le 30 octobre 1974.
Pour bien savourer cet extrait, il faut planter le décor : Ali tente depuis plusieurs années de reconquérir son titre de champion du monde. Le mythe s'est un peu effrité. Foreman, quant à lui, vient de mettre au tapis l'un des grands vainqueurs d'Ali : Joe Frazier. L'enjeu est donc énorme, pour Ali, qui va tenter de prendre un ascendant psychologique sur Foreman. Et voici comment il s'y prend.



Mohamed Ali When we were kings par polobylimsa

vendredi 14 septembre 2012

Ma Parisienne

Mettre mon cardio-fréquencemètre, épingler mon dossard, enfiler le bon pantalon de course (celui que je ne perds pas)... d’abord la jambe gauche, toujours, chaussette, chaussure, puis la jambe droite... "et puis une gorgée de Volvic, toujours". Je ricane, un pied en dehors de la couette.

On est dimanche matin. Il est 4h40, et je fixe le plafond. J’attends que le réveil sonne en tentant de visualiser le trajet de la course, dont le top départ sera donné dans six heures.
Je pars des jardins du Trocadéro, je monte à droite jusqu’à Iéna, puis je redescends sur le carrefour de l’Alma (1km). Ensuite je prends à droite les quais de Seine, je repasse devant le Trocadéro (2 km) pour filer jusqu’au pont de Bir Hakeim. Je traverse la Seine puis je reprends les quais sur la gauche. Là, au 3ème kilomètre, peu après mon cher stade Emile Anthoine, il y aura un ravitaillement. Mais je ne m’arrêterai probablement pas (sauf pour un verre d'eau).
La question peut se poser, au matin d’une course, de savoir s’il vaut mieux se lever un peu tôt pour manger, sachant qu’il faut alors respecter un délai de 3 heures environ avant de courir, ou bien se lever plus tard, faire une bonne nuit, et partir à jeun. En l’occurrence, la compétition ne débutant pas avant 10h, je vais évidemment engloutir mon petit déjeuner habituel : un café, un jus d’orange, une tranche de vollkornbrot (pain noir) avec une tranche de gouda, une habitude héritée de mes séjours berlinois. Pas besoin de ravitaillement en vol, donc.
La suite du trajet me semble plus confuse, car je ne passe jamais par là à pied. J’ai donc un peu de mal à évaluer les distances, mais a priori, cela me semble très simple : je longe les quais de Seine devant la Tour Eiffel, je passe devant le musée du quai Branly. Arrivée au pont de l’Alma (4km), je prends à droite l’avenue Rapp qui débouche sur le côté droit du Champ-de-Mars. Là, je remonte l'avenue de la Bourdonnais en direction de la Tour Eiffel, je traverse le Champ-de-Mars (5km), que je contourne ensuite par l'avenue de Suffren jusqu’à Ecole Militaire, où se situe la ligne d’arrivée (6,3 km).
Pif paf pouf, c’est bon, c’est dans la poche.

6h40. Je me lève.

7h30. Coup de fil de Pascal, mon coach. "Vis ta course, fais toi plaisir, oublie tout le reste". Je savoure cette dernière ration de confiance, de patate, et de complicité.

9h00. Je rejoins les neuf collègues avec qui je cours dans la catégorie Challenge entreprise. La foule grossit à vue d’œil derrière nous. Le soleil qui chatouillait timidement les pieds de la Tour Eiffel il y a une demi-heure commence à devenir insistant. On lui tourne le dos, on évite son regard, mais rien n’y fait : il est déjà chaud. Or pour ne pas m'encombrer, ni avoir envie d'aller faire un tour dans les fourrés en me frayant un passage à travers les 24000 participantes de cette édition 2012, je n'ai pas pris d'eau, et je commence à le regretter.

9h45. Je suis surexcitééééééééééééééée !!! Au loin, un haut-parleur crache de la techno, et devant moi, des filles déguisées en poisson s’agitent, et se trémoussent, comme hors de leur bocal. Toutes les 4 minutes, un bloc d'environ un millier de battantes se place sur la ligne de départ, s’échauffe sous les consignes survitaminées d’une animatrice en débardeur fluo, et part en petite foulée.

9h58. J’ai mal au ventre. J’aurais dû écouter mon instinct et manger du muesli avec du yaourt, bordel… Pas de fibre avant une course, tout le monde sait ça!... Ou alors c’est le stress…

10h00 : "Zérooooooo !" Le compte à rebours est terminé. Le bloc dans lequel je me trouve s’ébranle et s’élance, et s'émiette, à l’assaut de l’avenue d’Iéna. Je déclenche ma Polar, et me jette dans la cohue.

A partir de ce moment là, j'ai passé mon temps à me faire doubler.
54 minutes, très précisément.
Je peux vous dire que psychologiquement, il faut être à l'aise dans ses baskets pour apprécier, avec toute la distance nécessaire, cette sensation de... ben de ramasse, quoi. D'autant que je me suis aperçue, au panneau annonçant le 2ème kilomètre, que mon podomètre était calibré de manière très optimiste, et que, quand il m'indiquait 2 km, j'en avais en réalité parcouru 1,9. Croyez moi : quand vous passez le panneau "5 kilomètres", alors que vous pensiez en avoir parcouru 5,5 , et qu'en plus il vous en reste 1,3 à faire EN VRAI, vous êtes à deux doigts du forfait.

Heureusement, fanfares et percussionnistes s'égrainent tout le long du parcours, balisé d'une foule d'anonymes, venus là pour encourager quelqu'un ou même parfois personne, c'est à dire tout le monde. Entre le 4ème et le 5ème kilomètre, j'ai marché, pendant quelques dizaines de mètres, n'en pouvant plus de fatigue et de chaleur. Une dame m'a alors lancé un grand sourire "Allez Caroline, tiens le coup, jusqu'au bout !!". J'ai compris pourquoi les dossards, qui portaient nos prénoms, devaient être portés à l'avant du t-shirt. Ce soutien, aussi inattendu qu'émouvant, m'a reboostée pour quelques centaines de mètres.

Les 300 derniers mètres ne furent pas les plus durs, comme on le prétend souvent. Mais le kilomètre qui a précédé, oui, ça, c'est certain. J'ai franchi la ligne d'arrivée le visage cramoisi et les jambes lourdes, mais heureuse. Puis j'ai rejoint mes collègues dans le Village installé, pour l'occasion, sur le Champ-de-Mars.

La retombée a été un peu dure. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'être émue tout de suite. J'avais surtout un mal de ventre carabiné, on eu dit que j'avais couru 6 km dans mes entrailles. J'ai repensé aux explications de Pascal au sujet de l'ischémie mésentérique... J'ai descendu le demi-litre d'eau que l'on m'a tendu à l'arrivée, mais je ne suis pas arrivée à finir ma banane. Pas faim, juste soif, et une immense fatigue, qui s'est abattue d'un coup dans mes genoux. J'ai appelé Pascal pour lui raconter l'essentiel et le remercier, puis je suis rentrée prendre ma douche et me glisser sous ma couette, pour une bonne partie de l'après-midi.

ça n'est que le lendemain que j'ai commencé à parader, médaille au cou, et fierté à la boutonnière.




PS : Pour l'anecdote, mes collègues ont toutes méchamment assuré ! Stéphanie a fait la course en 32 minutes, et les autres ont mis entre 40 et 50 minutes.

samedi 8 septembre 2012

J - 1

J-1, tout va bien.

Enfin tout va bien... Faut le dire vite.

J'alterne entre des moments d'intense confiance : je suis entraînée, je sais que je peux faire cette course de 6 km, il va faire beau, je serai avec des filles super chouettes et dynamiques... et des instants de doutes affreux : d'abord, la course, elle n'est pas de 6 km, mais de 6.3 km et croyez moi que les 300 mètres en plus je vais les sentir passer, ensuite, la dernière fois que je suis partie courir 5 km, j'ai regardé ma montre tous les 100 mètres à partir du 4ème kilomètre, en priant pour que ça s'arrête, et enfin il ne va pas faire beau mais CHAUD ; sachant je vais attendre deux heures avant le top départ (28 000 participantes, un départ toutes les 7 minutes entre 9h45 et 11h), comment je vais faire si j'ai envie de faire pipiiiiiii ?!?...

Bref, J-1, (presque) tout va (à peu près) bien.

Ma semaine a été pauvre en vie sociale. Très pauvre. Je crois que j'ai rarement vu aussi peu de potes. J'ai même refusé une soirée pour aller m'entrainer... Mais, mais, mais... j'ai noué une relation très intime avec la Coulée verte. J'ai couru en effet presque tous les soirs sur cette ancienne voie ferrée qui, bordée d'arbres et d'arbustes, quelques mètres tantôt au dessus tantôt en dessous du niveau des habitations, trace un rayon de fraicheur du cœur de la capitale jusqu'à la porte de Montempoivre, à la lisière du bois de Vincennes.

J'ai été très étonnée, cette semaine, de constater qu'il m'était beaucoup moins pénible de courir 12 minutes à 8.3 km/h (lors de mon dernier Cooper) que 24 minutes à 7 km/h. La raison est très simple : moins vous avez de vitesse, plus vous pesez sur vos muscles, donc plus vous les ressentez. C'est un peu comme quand vous montez les marches d'un escalier en faisant des gestes lents. Vous risquez d'avoir une sensation de lourdeur et de fatigue plus importante que si vous montez cet escalier quatre à quatre. Dans ce dernier cas, vous serez plus essoufflé, c'est certain, la fréquence cardiaque s'accélérant. Mais grâce à votre force d'inertie, la sensation de lourdeur sera moindre. Il est donc intéressant d'alterner de longs exercices d'endurance fondamentale (par exemple 45 min au cours desquels votre fréquence cardiaque ne dépasse pas les 75%) et des fractionnés (alternance d'accélérations sur quelques minutes, puis de récupérations).

J'ai fini la semaine sur les rotules.

C'était le but d'ailleurs. Si Pascal m'a fait courir tous les soirs, alors que d'ordinaire mes entrainements sont espacés d'au moins un jour de repos, c'est parce qu'en fatiguant l'organisme plus que d'habitude, sans lui laisser le temps de totalement récupérer, on l'amène, le jour où l'entrainement s'arrête, à "surcompenser". C'est à dire non seulement à récupérer ses anciennes capacités de manière optimale, mais aussi à les dépasser. J'ai donc couru mardi, mercredi, jeudi et vendredi, mais aujourd'hui, je n'ai strictement rien fait, à part voir des amis, me faire faire un massage thaï traditionnel et manger des pâtes.

En principe donc, je devrais arriver au Trocadéro demain avec mes réserves de glycogène et d'oxygène bien à bloc. Reste à bien dormir cette nuit, et à ne pas trop cogiter au top départ. Et ça, c'est pas gagné. :-)

...

Et vous, vous souvenez vous de votre premier challenge sportif ?



vendredi 31 août 2012

J'suis toute tordue

Une petite scoliose,
Un disque pincé dans les lombaires,
Les pieds légèrement en appui vers l'extérieur,
Le corps qui porte trop sur l'avant des pieds,
Le bassin pas droit,
...
Wooow ! bienvenue chez Monstres & cie !

Suite à mes douleurs dans les ischios, je suis enfin allée voir le médecin, qui m'a envoyée faire une radio, puis une visite chez un podologue du sport.

J'en suis ressortie avec des semelles orthopédiques (hahaha sexyyyyy !) et des séances de rééducation du rachis chez le kiné.
 
Mais l'essentiel est que j'ai pu reprendre la course !

J'ai récupéré mes semelles lundi, et dès le lendemain, j'ai vu Pascal qui m'a fait faire un test de Cooper. Pas un demi, hein, mais un VRAI, de 12 minutes.

distance : 1.65 km
Vitesse moyenne : 8.3 km/h
Vitesse maximale : 11 km/h
FCM : 183

Plus que 8 jours avant la Parisienne...
Pascal m'a prévu un programme assez intense cette semaine, pour être prête le jour J. Je n'ai plus beaucoup de temps, et je suis toute tordue, mais je m'en fous, j'ai à nouveau le droit de mettre mes baskets, et il n'y a que ça qui compte.



mardi 21 août 2012

Une addiction positive ?

Addiction positive : concept créé en 1976 par le docteur William Glasser pour décrire le phénomène d'accoutumance à la pratique sportive, par opposition aux addictions négatives (alcool, drogues, jeu)... Démonstration.


Mercredi 15 août, 10h40
"Bon ben tu te reposes, totalement. Pas de course, tu peux aller à la piscine mais sans tes palmes". La sentence de Pascal aux symptômes que j'évoque à mon retour de vacances est sans appel. Si le médecin, que je vais essayer de voir au plus vite, aujourd'hui ou demain, me dit que les douleurs que j'éprouve le long de l'arrière des jambes sont d'origine musculaire, je serai la plus heureuse des joggeuses : un peu de repos et de décontractant feront l'affaire. Mais s'il s'agit d'une tendinite ou du nerf sciatique, ça risque d'être plus long à soigner.
La douleur est apparue pour la première fois lors de ma rando en pays basque. J'ai senti que ça lançait dans les ischio-jambiers. Quand ça s'est étendu progressivement du bas du fessier jusqu'en haut du mollet gauche, j'ai su que j'étais en train de tirer sur la corde, mais je n'avais pas d'autre choix que de marcher jusqu'au bout.
Rien de grave, demain je vois mon médecin, et samedi, je cours. C'est sûr.

Mercredi 15 août, 10h43
Mon médecin ne rentre que lundi matin. Merde.

Vendredi 17 août, 19h00
Eh ben c'est pas gagné !
Ce matin, j'ai littéralement mendié auprès de Pascal une séance de musculation des membres supérieurs. Hahahaha, une vraie junkie !... mais je voulais au moins bosser les pectoraux et les dorsaux pendant que je me repose les ischios. Inutile de vous dire que ce fût peine perdue : "repos, sauf piscine". Sans palmes. Genre "oui tu peux manger du chocolat. Sans cacao". Super. "Un chewing gum ? Mais tu le mâches pas, hein, déconne pas".... A une vingtaine de jours seulement de la Parisienne, cet arrêt forcé me mine le moral.
Pendant mes vacances, je suis allée courir 2 à 3 fois par semaine. Je commençais à chaque fois par un petit footing de 10 minutes à faible allure, puis j'enchainais avec un fractionné. A chaque nouvelle sortie, j'augmentais d'une minute le temps d'accélération. La première fois, j'ai commencé avec 7 séries d'1 à 2 minutes à allure soutenue, entrecoupées d'une minute de marche pour la récupération. Puis la fois d'après, j'ai fait 7 séries de 3 minutes, etc... jusqu'à, dimanche dernier : 7 séries de 6 minutes. Ce jour là, j'ai réussi à courir 7 km en une heure. J'ai réalisé pour la première fois que je n'étais pas inquiète pour La Parisienne.
Mais cette belle sérénité a été balayée avec l'arrêt des entrainements : j'ai l'impression que je suis en train de tout perdre.

Samedi 18 août, 10h00
Pfffffffff..

Dimanche 19 août, 12h40
Je suis allée faire 1000 m à la piscine, ce matin.
Que de la brasse.
C'était bien.
Mmm.
...
JE VEUX FAIRE UN FOOTIIIIING !!!

Je sais ce que vous allez me dire: c'est de la faute des endorphines.
Cette morphine naturelle, secrétée par le cerveau après plusieurs dizaines de minutes d'effort continu, donnerait des ailes à un lamantin neurasthénique. Et, de fait, je crois l'avoir ressentie pour la première fois dimanche dernier après 35 minutes de course, au beau milieu de mon dernier fractionné. Mon souffle est devenu soudainement plus fluide, alors que j'étais à 90% de ma fréquence cardiaque maximale (pas franchement une zone confortable, en principe), j'avais vraiment la sensation d'être portée, et je n'avais pas envie que ça s'arrête...

Mais dans l'addiction au sport, en tout cas dans celle que je ressens, il n'y a pas que ça. L'estime de soi est une drogue bien plus puissante que l'endorphine. Le plaisir de se voir progresser, par exemple. Il y a un mois, je courrais mes premiers 6 km en 60 minutes. Dimanche dernier, je les ai fait en 51 minutes ! Le plaisir de voir son corps reprendre forme... et celui enfin de retrouver de l'énergie, de la mobilité, et de la confiance en soi. Le sport est un espace de reconstruction de soi irremplaçable.

Le phénomène est donc indéniablement positif. Mais cela ne saurait faire oublier son caractère addictif. Que faire de la peur, si l’on s’arrête, de se retrouver à nouveau face à ses vieux démons ? Le vide et l’ennui, dont l’appétit vorace et sans fond rend impérieux qu’on les comble au quotidien, d’une manière ou d’une autre. Ceux que l’on a préféré glisser sous le tapis de course, plutôt que de les combattre à mains nues... Ce temps de repos forcé aura au moins eu le mérite de m’avoir fait me poser la question.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Running Addiction Scale (Champan et Castro, 1990)
Bien que me situant à seulement +1 sur l'échelle de la dépendance à la course, je me considère comme déjà bien mordue.

Et vous, où en êtes vous ?

1. Je cours très souvent et régulièrement. (+ 1)
2. Si le temps est froid, trop chaud, s’il y a du vent, je ne cours pas. (- 1)
3. Je n’annule pas mes activités avec les amis pour courir. (- 1)
4. J’ai arrêté de courir pendant au moins une semaine pour des raisons autres que
des blessures. (- 1)
5. Je cours même quand j’ai très mal. (+ 1)
6. Je n’ai jamais dépensé d’argent pour courir, pour acheter des livres sur la course,
pour m’équiper. (- 1)
7. Si je trouvais une autre façon de rester en forme physique je ne courrais pas. (- 1)
8. Après une course je me sens mieux. (+ 1)
9. Je continuerais de courir même si j’étais blessé. (-1)
10. Certains jours, même si je n’ai pas le temps, je vais courir. (+ 1)
11. J’ai besoin de courir au moins une fois par jour. (+ 1)

mercredi 15 août 2012

Bolides dans la Bruche

J'ai passé ma première semaine de vacances à Strasbourg, chez Stefanie, une amie que j'aime notamment pour sa belle énergie communicative. Elle a une telle détermination dans ce qu'elle entreprend, qu'avec elle, on a le sentiment que rien n'est impossible.
Le matin du 25 juillet, nous avons donc décidé de prendre les VTT sur l'épaule, et de partir en train pour Schirmeck. Cette petite commune est logée au creux de la vallée de la Bruche, une rivière qui s'écoule paisiblement de la lisière des Vosges jusqu'à l'Ill, aux portes de Strasbourg.
Un petit coup d'oeil à Mappy avant de partir : Schirmeck/Schiltigheim (le quartier où habitait Stef), 52 km.
Gloups.
Nous convenons très rapidement qu'il serait toujours possible de prendre le train à Molsheim, à mi-parcours, en cas de grosse fatigue. Mais pas après, car nous suivrons alors la piste cyclable le long du canal de la Bruche pendant 23 km, sans croiser la moindre gare.

Nous avons donc enfourché nos montures à Schirmeck à 10h45.
Cette première partie du trajet, faite sur une départementale vallonnée et passante, n'a pas été très agréable. Aux descentes, trop courtes, succédaient d'infernales montées. Au passage, je considère toute montée à vélo comme infernale. Même à 10%, même sur 1 minute, cherchez pas : c'est une montée de trop. Les descentes en revanche, sont toujours des moments d'intense félicité régressive, où je tente chaque fois, l'échine courbée sur le guidon, et tous coudes rentrés, de battre je ne sais quel record de vitesse.

Nous nous sommes arrêtées vers 12h pour pique-niquer dans un pré, quelques bons kilomètres avant Molsheim.


Une sieste plus tard, nous sommes reparties. A partir de Molsheim, et jusqu'à Strasbourg, le trajet a été beaucoup plus sympa, balisé de jolies maisons et de vestiges d'écluses, témoignant du long passé industriel du canal.





Construit sous Louis XIV par Vauban lui-même, il permettait en effet d'acheminer à bon port les matières premières destinées à la construction de Strasbourg...



... ce dont, lors des derniers kilomètres, je me foutais complètement. A ce moment là, la seule chose qui m'intéressait, c'était le Magnum qui attendait bien sagement mon retour dans le congélo. Avait-il des amandes ? Etait-il au chocolat au lait ou au chocolat blanc ?... Vauban aurait bien pu danser le jerk sous mes yeux que je ne l'aurais pas vu.

Cette dernière heure a été interminable. La chaleur, les douleurs un peu partout, les fourmis dans les mains... Je regardais ma montre tous les quarts d'heure en gémissant, et Stef jurait par tous les Saints Fessiers qu'elle ne remonterait pas de sitôt sur un vélo.

Nous nous sommes affalées sur le canapé, Magnum à la main, vers 16h et des brouettes. On eut dit que le vélo tout entier s'était essuyé sur mon mollet, noir de graisse. J'ai repensé au chemin parcouru dans la journée, et depuis quelques mois, puis je me suis endormie, le sourire fatigué mais heureux.






lundi 23 juillet 2012

Bonnes vacances !

Pas de post jusqu'au 15 août, parce que ni là...



... ni là...




... je n'aurai d'ordinateur.

Bonnes vacances à tous !


mercredi 18 juillet 2012

Mes premiers 6 km

Date : samedi 14 juillet 2012
Heure de début : 7h58
Altitude : 630 m
Terrain : Vallonné. De passage à Saint-Étienne, j'ai décidé de monter au Parc de Montaud, situé au dessus de chez mes parents, pour courir pour la première fois toute seule, et en milieu naturel. Le chemin de ronde offre un point de vue magnifique sur la ville, et un petit dénivelé sympathique. Jusqu'à présent, je ne m'étais essayée à la course que sur le tapis de la salle de sport (15-20 minutes maximum) ou bien sur piste, pour des demi-coopers ou des fractionnés avec Pascal. L'envie d'aller courir seule, et longtemps, me démangeait donc depuis un moment.
Objectif : Me mettre en confiance pour la Parisienne. Je voulais voir en combien de temps je parcourais 6 km. En courant, bien sûr, mais sans m'interdire de marcher, voire de m'arrêter si nécessaire.
Etat d'esprit : Un peu flippée. Curieuse. Très motivée.
Équipement : Une bouteille d'eau, planquée dans un fourré, dans laquelle je puisais secrètement à chaque tour, un mouchoir dans la manche, et un gros iPod antédiluvien, calé dans ma brassière.Oui, car contrairement au précédent, mon nouveau pantalon de course a une cordelette ajustable, mais il n'a pas de poches (le vêtement parfait n'existerait donc pas ? On m'aurait menti ? Faut-il que je renonce au Pantalon Charmant ?!)
Durée : 1h32. 60 minutes pour faire les 6 km, très exactement, et 32 minutes pour l'échauffement (monter jusqu'au parc) et les étirements après la course. J'ai essayé de courir dans les montées, mais je n'y suis pas arrivée, donc j'ai marché. Mais, à part pour boire, je ne me suis jamais arrêtée.
Incident : Oui. Une rétamade un peu humiliante devant un coureur qui arrivait en sens inverse. J'aurais pu l'éblouir, mais j'ai plutôt décidé de buter sur un rocher qui affleurait et de m'étaler sur le flanc droit. Je ne me suis même pas fait mal, ce qui aurait au moins eu l'avantage d'anoblir la pitoyable chute. Seule ma dignité a morflé, donc.
Distance totale : 7,67 km.
Vitesse maximale : 11 km/h.
FC moyenne : 163 (89%)
FC maximale : 181 (98%)
Calories : 818
Bilan : J'ai hâte de le refaire ! J'ai eu mal partout pendant les deux jours qui ont suivi, mais j'ai énormément gagné en confiance. Elle peut venir la Parisienne, elle ne me fait pas peur. Le plus dur sera probablement de résister à l'envie de partir bille en tête avec le peloton, ce qui risquerait de me couper très vite les jambes. Mais sinon, je sais désormais que je suis capable de la faire.

Et vous, vous souvenez-vous de votre première course  ?

jeudi 12 juillet 2012

Le falzar, le sprint, et le régent

Voilà, depuis dimanche matin, c'est officiel, j'ai perdu 10 kg.

Je ne vais pas m'attarder sur les côtés sympa de cette perte de poids, je pense que vous pouvez tous imaginer ce que cela induit de positif, en terme de santé, d'estime et d'image de soi, et de pleins de petits trucs très concrets, comme pouvoir à nouveau croiser son reflet sans penser derechef  "mon dieu, mais qui est cette grosse dame, là, qui passe dev.... aaaaaaaaaaaah !!!", ou pouvoir se hisser avec le sourire hors d'un transat... La chose a été expérimentée pas plus tard que dimanche soir sur les bords de Seine. J'ai eu l'impression de faire trente squats en même temps, mais je suis restée digne.

Non, je vais vous épargner les clichés, et me concentrer sur un point trop rarement dénoncé : le truc moins sympa, avec la perte de poids, c'est la perte de pantalon.
En ville, ça va, on met une ceinture, on fait des pinces, et on passe à autre chose.
Mais quand ça arrive sur une piste d'athlétisme, pendant un fractionné, on fait quoi, au juste ?
Vous imaginez Usain Bolt ou Myriam Soumaré se taper un sprint en tenant son falzar ? Non ? Ben moi non plus.

C'est pourtant ce que j'ai dû faire dimanche dernier, au stade Emile Anthoine, dans la deuxième moitié d'un tour de piste qui, croyez moi, n'avait pas besoin de ça pour être épique.

Le but était de faire le tour en 2 minutes.
Avant de partir, Pascal a pris le temps de me rappeler plusieurs faits :
- En temps normal, je fais le tour en 2'30 (je me souviens même d'un 3' lors de mon premier demi-cooper)
- Nous venons, pendant la première partie de l'entrainement, de faire une série d'exercices durant lesquels j'ai précisément couru, à chaque fois, pendant 2 minutes à vive allure. Donc je suis tout à fait capable de le refaire.
- Arrivée à mi-parcours, je vais avoir du mal à respirer. Je le sais, ça n'est pas grave, je le gère.
- Nous ne ferons qu'un tour, donc je peux donner tout ce que j'ai.

Eh ben.
Me voilà dans de beaux draps.
"Aucune raison de ne pas y arriver" n'est pas forcément un message rassurant : cela veut dire aussi "aucune excuse". Et évidemment, c'est celui-là que j'entends.

Pascal me suit, pour me donner le tempo. Très vite, je sens qu'il remonte sur mes pas. Je sais donc, avant même d'atteindre le tournant, que je suis trop lente, alors que j'ai déjà le sentiment de tout donner. C'est tuant. Pascal m'encourage, me dit que c'est bien, que je dois m'accrocher. Mais sa voix ne couvre pas celle du régent intérieur, qui commence à psychoter. Baisse les épaules. Relax. Ton ventre ! c'est ton ventre qui respire, pas ta poitrine. Desserre les mâchoires. Allonge la jambe. Mais j'ai les tempes qui vont imploser ! Et alors ? Je ne vais pas tenir, c'est pas possible. Je me sens gourde, je me sens lourde. Je suis nulle. Ouais, t'es nulle, tu n... Je crois que c'est à cet instant précis que mon bourrelet a décidé, hop!, d'enjamber le parapet de mon corsaire Tight Nike (qui est fabuleux, mais non ajustable).
La classe.
Je m'entendais déjà ventiler comme un soufflet de forge, et voilà que mon bidou se fait la malle... Non, honnêtement, je pense que ça, c'était le truc pourri de trop.
Comment je vais faire, pour courir 6 km, dans 2 mois ?!

Autant vous dire que quand Pascal m'a annoncé "2'18 ! tu as gagné 12 secondes", moi, j'ai entendu : tu as 18 secondes de retard sur le contrat, va t'acheter un pantalon.

Heureusement, nous sommes passés à la seconde partie de l'entrainement.

Enchaîner 4 sauts de mini-haies (à pieds joints) sans impératif de durée.
Enchaîner 4 sauts de mini-haies en un minimum de temps.
Enchaîner 4 sauts de mini-haies puis courir dans l'échelle au sol, deux pas entre chaque barreau.
Enchaîner 4 sauts de mini-haies puis courir dans l'échelle au sol, deux pas entre chaque barreau, puis sprinter sur quelques mètres en sortant.
Enchaîner 4 sauts de mini-haies puis courir dans l'échelle au sol, un pas tous les deux barreaux, puis sprinter jusqu'au trait des 20 mètres. 9"20

Hey, c'est pas loin du record du monde, ça !! Sur 100 m. Oui. Bon.

Enlever les mini-haies et l'échelle.

Sprinter sur 20 mètres. 8"74

Ben merde alors, mais j'adore ça !?
Je revis. J'ai l'impression de m'envoler. Je ne me subis plus, comme tout à l'heure. D'ailleurs, je ne m'entends plus respirer. Et pour cause : le sprint ne permet que de toutes petites inspirations.

La principale raison est que l'organisme sollicite, dans les efforts de grande intensité, la fillière anaérobie : il n'utilise pas l'oxygène apporté par la respiration (l'organisme comprend que cela ne sera pas suffisamment efficace), mais il tape dans les réserves :
- celles de glycogène, en zone d'anaérobie lactique. C'est la filière sollicitée en cas d'effort intense, qui peut durer au maximum 3 minutes. Elle est appelée ainsi parce que de l'acide lactique est alors produit par l'organisme. Gare aux courbatures le lendemain, d'ailleurs...
- celles d'ATP (l'adénosine triphosphate, en gros notre carburant à tous), en zone d'anaérobie alactique, pour les efforts très intenses : pas de création d'acide lactique, donc pas de courbatures, mais l'effort est tel qu'il ne peut pas durer plus de 10 secondes. C'est la zone du sprint.

Trois minutes de récupération (c'est le temps nécessaire à la reconstitution de l'ATP par le corps).

Recommencer. 7"04

Quand Pascal m'a dit mon temps, je n'en ai pas cru mes oreilles. Moi qui pensais avoir foiré mon départ !

Vingt mètres, ça n'est vraiment pas grand chose. Et de l'aveu de Pascal, cet exercice ne m'aidera pas pour la Parisienne. Mais il m'a aidée dimanche dernier. Pendant quelques minutes, je me suis bien fichue de mon pantalon, et le régent a enfin fermé sa grande gueule.
Restait la joie, seule.